Sport241 : Docteur, vous parlez de management, mais comprenez-vous la réalité technique des athlètes ?
Dr Marcel Mbele-Loussou : Je la comprends mieux que quiconque. J’ai porté le brassard de capitaine, j’ai coaché nos sélections nationales et je suis diplômé niveau 2 de la FIVB. Je sais ce qu’est la sueur, la tactique et la frustration d’un entraîneur qui manque de moyens.
Si je parle aujourd’hui de management, c’est précisément parce que j’ai constaté sur le terrain comment une mauvaise gestion administrative peut briser des carrières et étouffer des talents. Je ne suis pas un théoricien : je suis un praticien qui veut professionnaliser sa passion pour que, demain, nos athlètes ne soient plus victimes du système mais portés par celui-ci.
Vous avez dirigé la Caisse des Pensions. En quoi cela vous aidera-t-il au CNOG ?
MML : Diriger la Caisse des Pensions m’a appris la rigueur dans la gestion de fonds sociaux et l’exigence de la redevabilité. Le CNOG a besoin de ce niveau de discipline administrative pour rassurer l’État, les partenaires et les bailleurs.
Mon expérience à la Fédération de Volley-ball m’a montré les besoins concrets des fédérations ; celle acquise à la Direction Générale de la CPPF m’a fourni les outils structurels pour y répondre durablement. J’apporte une vision complète, du terrain à l’institutionnel, pour que notre sport cesse d’être géré au jour le jour.
Vous évoquez la ‘pénurie’. Le sport gabonais va-t-il si mal ?
MML : Je ne peins pas un tableau sombre : je décris la réalité. Nos athlètes s’entraînent sur des infrastructures vieillissantes, et certaines fédérations ne savent que quelques semaines avant une compétition si elles pourront financer un déplacement. Cette incertitude permanente est notre principal handicap.
Le Gabon regorge de talents, nous l’avons prouvé par le passé. Mais sans un écosystème stable, prévisible et structuré pour les accompagner, même les plus belles promesses finissent par s’épuiser.
Nous avons l’or entre les mains, mais nous n’avons pas encore construit l’orfèvrerie pour le façonner. Mon ambition est d’en faire enfin une priorité nationale.
Que peut apporter un gestionnaire de pensions aux sportifs de haut niveau ?
MML : J’ai appris sur un terrain de volley l’exigence du résultat immédiat, l’esprit d’équipe, le dépassement de soi. Et dans les bureaux de la Caisse des Pensions, j’ai appris comment on sécurise l’avenir, comment on construit la confiance sur la durée.
Or nos sportifs et nos fédérations attendent exactement cela : de la transparence, de la rigueur budgétaire, une vision à long terme.
L’olympisme moderne exige autant d’expertise administrative que d’expertise sportive. Je connais l’odeur du vestiaire, mais je maîtrise aussi les rouages du financement institutionnel.
Et c’est seulement lorsque l’exigence du terrain rencontre la rigueur des bureaux qu’une nation se donne les moyens de gagner.
Votre slogan est ‘Bâtir le système’. Quelle serait votre première mesure en avril ?
MML : La priorité n’est pas de faire une annonce spectaculaire, mais de poser les fondations d’un fonctionnement cohérent. Dès mon élection, je lancerai un audit flash de viabilité avec toutes les fédérations.
L’objectif sera de mettre en place un Contrat de performance Olympique. Concrètement : quels objectifs sur quatre ans ? Quels besoins trimestriels ? Quels critères d’évaluation ?
Cela permettra de remplacer les subventions d’urgence, erratiques, par des budgets construits, mesurables et alignés sur des projets sportifs solides. La performance ne se décrète pas à la veille d’une compétition : elle se programme quatre ans à l’avance.
Vous dites ne pas être un ‘homme providentiel’. N’est-ce pas de la fausse modestie ?
MML : Pas du tout. Le mythe du sauveur qui règle tout par magie a fait beaucoup de tort au sport africain. Si tout repose sur un seul homme, tout s’effondre le jour où il s’en va. Le sport de haut niveau est complexe : il implique la médecine, la diplomatie, l’éducation, le financement, la psychologie.
Je me présente comme un architecte. Mon rôle est de construire un système, avec des procédures, des cellules de détection, un suivi socio-professionnel des athlètes, qui continueront à fonctionner indépendamment de ma personne.
Un homme peut sauver les meubles pour un mandat ; un architecte construit une maison qui lui survit.
Un dernier mot aux présidents de fédérations qui voteront en avril ?
MML : Je leur demande de regarder d’où nous venons et de décider où ils souhaitent mener le sport gabonais. Si l’objectif est de continuer à gérer le quotidien avec les moyens du bord, d’autres le feront très bien.
Mais si l’ambition est de redonner au Gabon sa place sur les podiums internationaux, de renforcer nos fédérations et de les rendre respectées, alors il faut changer de méthode et adopter un nouveau standard.
Avec moi, il y aura de l’exigence, c’est vrai, mais surtout un soutien constant fondé sur la transparence et la valorisation du travail.
L’élection d’avril n’est pas un simple changement de casting : c’est l’occasion de choisir un nouveau standard pour notre pays.
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